Bienvenu, cher Père Jean-Baptiste RALAIVELONA !
Vous êtes arrivé, il y a 3 mois en France (et, pour la première fois, en Europe) … Quelles sont vos premières impressions sur ce changement radical ?
J’ai été d’emblée frappé par le niveau de développement de la France et par la propreté du pays : les rues, les maisons, les églises … et aussi par le respect des règles, celles du code de la route, en particulier !! Je dois valider mon permis de conduire malgache et reprendre quelques leçons dans une auto-école : il y a beaucoup de rond points chez vous !!
Avant de quitter Madagascar, on m’avait dit que les Français étaient très individualistes et racistes mais je dois dire que j’ai été très bien accueilli sur le secteur, avec beaucoup de respect.
Racontez-nous l’itinéraire qui vous a mené de « l’Ile Rouge » à Fontainebleau !
Je suis né le 31 octobre à AMBOSITRA « La ville des roses » – commune urbaine malgache – située à 1350 mètres d’altitude, sur les Hautes Terres, au centre de l’ile.
Entourée de rizières en terrasses, avec de belles maisons en pisé et en briques, Ambositra est l’une des villes emblématiques de l’artisanat local, renommée pour la marqueterie et les sculptures sur bois.
Parlez-nous de vos jeunes années …
Je suis le numéro 2 d’une fratrie de 12 enfants (6 garçons et 6 filles … tous vivants aujourd’hui, ainsi que mes parents.)
L’une de mes sœurs cadettes est religieuse, dans la congrégation de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. La « petite dernière », ma plus jeune sœur, n’a que 13 ans !
Nos parents étaient cultivateurs (riz, manioc) et éleveurs (vaches, porcs). Ils appartenaient à la « classe moyenne », selon les critères locaux, car nos grands-parents possédaient beaucoup de bétail.
Je suis issu d’une famille catholique, comme 75%/80% des malgaches (les autres sont membres de sectes protestantes. Il y a quelques musulmans) J’ai effectué ma scolarité primaire à l’école Saint Joseph, puis mes études secondaires au collège/lycée Saint Louis, toujours dans ma ville natale…J’étais un élève plutôt studieux et appliqué, car je portais déjà en moi le désir de devenir prêtre.
Ensuite, vous êtes rentré directement au Séminaire ?
Oui, aussitôt après l’obtention de mon Bac J’avais eu la chance de fréquenter une paroisse animée par une communauté de prêtres diocésains et j’avais été particulièrement marqué par le témoignage de l’un deux, le Père Crô, missionnaire français (aujourd’hui décédé) qui était entièrement dévoué aux pauvres. Mon appel au sacerdoce s’est progressivement précisé et j’ai pu donner mon « oui », à la suite du Christ, en année de Propédeutique, puis au Séminaire Saint Paul, à Antsirabé. Ce furent des années très riches, sur le plan de la formation (intellectuelle, humaine et spirituelle) ainsi que sur le plan de l’approfondissement de ma Foi et de la maturation de ma vocation.
Et après votre ordination ?
Au terme de 11 années de formation, incluant les 3 années de philosophie et les 3 années de théologie, entrecoupées de plusieurs stages en paroisse, j’ai été ordonné prêtre le 13 août 2016, pour le diocèse de Miarinarivo. Puis, J’ai d’abord été nommé vicaire, au sud du diocèse, et, 3 ans plus tard, curé dans une autre paroisse, au nord de mon diocèse de rattachement !
Je rends grâce pour toutes les personnes qui m’ont accompagné, de près ou de loin, sur ce chemin vers le sacerdoce : ma famille et mes parents, en premier lieu, l’une de mes tantes paternelles également qui est religieuse, mes amis, mes formateurs et pères spirituels … mais aussi tous les donateurs qui m’ont permis, grâce à leur générosité, de me former et de répondre à l’appel du Seigneur.
Comment avez-vous « atterri » – c’est le cas de le dire ! – en Seine et Marne ?
En novembre 2022, Mgr Jean-Claude m’a appelé pour me demander de partir en France. Je suis « Fidei Donum » pour 3 ans, au service du diocèse de Meaux. Le 4 septembre dernier, j’ai donc débarqué à l’aéroport Roissy/CDG où l’on m’a directement conduit à Melun (Il y a un prêtre malgache, en France depuis 6 ans, qui est originaire du même diocèse que moi).
Le lendemain, 5 septembre, je suis arrivé à Fontainebleau où m’avait affecté Mgr Nahmias.
NB : Nous sommes actuellement 8 prêtres du même diocèse malgache – Miarinarivo – en Seine et Marne, dont le Père Rodolphe (Do)
L’acculturation n’est-elle pas trop difficile ?
(sourire)… La nourriture, c’est très différent ! Fromage, vin …A Madagascar, le riz est la base de l’alimentation, consommé matin, midi et soir : comme la plupart des gens effectuent un travail physique, le premier repas de la journée est aussi consistant que les deux autres (déjeuner et dîner). Je dois également m’adapter à la liturgie : ici, la messe est plus courte (!). Il y a moins de chants, moins de gestes… Chez nous, si l’on marque une fête, par exemple, la célébration va durer facilement une heure et demie ou deux !
Je suis très content de vivre ce qui est pour moi une expérience nouvelle … même si, bien sûr, ma famille et ma patrie me manquent. C’est à moi qu’il appartient de faire les efforts nécessaires pour mon intégration ! Je n’aurai pas l’occasion de retourner à Madagascar avant deux ans, pour quelques semaines de vacances, peut-être …
Souffrez-vous de d’isolement et de solitude ?
Non, car la vie fraternelle est très bien organisée ici ! Les prêtres déjeunent ensemble tous les mardis, jeudis et samedis midi et le repas est suivi d’un moment d’échange pastoral très fraternel. En outre, nous prions ensemble les Laudes, tous les dimanches matin, avant de partager un petit déjeuner convivial…J’échange régulièrement avec le Père José et mes confrères et j’ai la chance de pouvoir parler tous les jours avec le Père Rodolphe, mon compatriote ! (clin d’œil : en malgache, le plus souvent !!)
Quelles sont vos responsabilités sur le Pôle ?
Je suis vicaire sur l’ensemble du pôle et référent du secteur Bourron/Montigny.. Je suis membre de l’EAP du secteur, accompagné dans un premier temps par le Père José et également membre de l’EMP. J’accompagne l’éveil à la Foi des tout-petits, sur Fontainebleau ; Avec le Père Rodolphe, je suis prêtre référent au collège Jeanne d’Arc ainsi qu’à l’aumônerie du Second Cycle du pôle ; Je seconde également le Père Rodolphe comme aumônier des Scouts de France et, enfin, en lien avec Edith Jan et l’équipe locale, j’accompagne les résidents de l’Ehpad Les Chênes Rouges, à Bourron Marlotte.
Misaotra betsaka, Père jean-Baptiste !Tonga soa …(merci beaucoup, Père Jean-Baptiste et bienvenu )
Propos recueillis par Catherine Philippe