« Jusqu’à soixante-dix fois sept fois »

Dimanche dernier, Jésus prônait la miséricorde envers le frère égaré. Aujourd’hui, il prône encore la miséricorde, mais cette fois envers le frère qui nous a blessés. Ne jamais se fatiguer de pardonner, car Jésus en fait une exigence incontournable de la vie chrétienne. Pierre, en posant sa question à Jésus, sait déjà la nécessité du pardon. Ce qui le préoccupe, lui qui est tout de même assez terre à terre, c’est le nombre de fois où il faut se plier à cette exigence du pardon.  La réponse de Jésus dévie tout de suite dans la démesure : « jusqu’à soixante-dix fois sept fois ». Autrement dit, sans compter. Et la parabole qui va suivre ne va qu’ajouter à cette démesure des chiffres. Nous le savons, évidemment, Dieu n’est pas comptable ! Il efface nos plus lourdes ardoises, « Il pardonne toutes nos offenses », « Il met loin de nous nos péchés » (Ps 102). On le voit avec Jésus, à longueur d’Évangile : avec Saint Matthieu, avec Zachée, avec la pécheresse, avec la femme adultère, etc. Jésus, quand Il rencontre un malade ou un pécheur, est « saisi de pitié ». C’est toujours l’expression qui revient. Et c’est la même qui est employée ici, à propos du maître de la parabole face à son serviteur. Saisi de pitié, remué aux entrailles, capable de miséricorde : tel est Dieu. Car le pardon est divin. Le pardon l’emporte toujours pour ouvrir l’avenir de celui qui n’en a pas d’autre possible. « C’est ainsi que mon Père vous traitera… » ; la sanction semble très sévère, pour ceux qui, comme le mauvais débiteur de la parabole, n’accepteraient pas de pardonner à leur tour. L’Évangile nous appelle à ressembler à Dieu, à nous laisser habiter par l’Esprit de notre baptême et à risquer, jour après jour, des gestes de paix et de pardon.

Père José